Articles de presse: Le Nouvelliste (13.08.2008)
Article du Nouvelliste d'aujourd'hui:
Un Griffon séducteur
EMMEN: Le Saab Gripen passe le premier l'évaluation en vue de l'achat d'un nouvel avion de combat. Ses constructeurs suédois font valoir les similitudes entre la Suisse et leur pays pour séduire.
Le Gripen JAS 39 accueille depuis un certain temps les voyageurs à leur descente d'avion à l'aéroport de Zurich-Kloten. Des belles images vidéos montrent la bête, un des trois avions de combat multirôle en compétition pour succéder au F-5 Tiger, les distrait dans les interminables corridors du terminal. La société de construction suédoise Saab travaille depuis longtemps la société civile suisse au corps: des annonces vantent depuis longtemps le JAS-39 et les similitudes entre la Suisse et la Suède dans les pages de la presse spécialisée militaire et aéronautique. «Les Suédois ont tout compris», chuchote un brin admiratif un des officiels suisses venus hier sur l'aérodrome d'Emmen à l'occasion de la présentation du Gripen aux médias dans le cadre de la campagne d'évaluation. Ils pensent déjà à la votation populaire,quasi inévitable lors d'un achat d'armes aussi important.
Parole au peuple...
«Nous savons qu'en Suisse c'est le peuple qui décide en fin de compte», sourit Manne Koerfer, le chef de campagne de Saab, venu s'installer avec toute sa famille en Suisse pour deux-trois ans. Pour cette raison, sa campagne travaille déjà au corps la population générale. Verra-t-on aussi des publicités dans la presse généraliste? «C'est tout à fait possible, mais nous voulons d'abord effectuer un sondage pour mieux connaître les réactions à la campagne actuelle», dit prudemment le Suédois. Il est conscient qu'il y a un risque politique pour une société comme la sienne de vouloir influencer l'opinion populaire. «Je peux certainement dire aux Suisses que nous avons la solution la plus efficace par rapport aux critères retenus, mais nous ne pouvons certainement pas dire que c'est la solution qu'ils doivent choisir», dit-il. En ce qui concerne le budget publicitaire, il se montre tout aussi circonspect. «Nous sommes en compétiton avec des concurrents très sérieux», dit-il en guise d'explication. Autrement dit, il vaut mieux pas dévoiler trop tôt toute la stratégie et les moyens engagés.
Arguments séduisants
Les Suédois savent qu'ils ont des arguments très séduisants à faire valoir auprès des Suisses. Lors de sa présentation devant les journalistes réunis, Manne Koerfer en joue avec une dextérité consommée. Message clé: comme la Suisse, nous sommes un petit pays neutre, qui aime le travail bien fait et qui joue cartes sur table. Le JAS 39 est un avion éprouvé et parfaitement adapté aux missions que la Suisse peut lui confier. En taillant leur message de telle façon, les Suédois mâchent déjà une grande partie du travail du DDPS et du Conseil fédéral.
Si le référendum aboutit - et il n'y a pas de doute qu'il aboutira - le gouvernement pourra pratiquement reprendre un à un les arguments qu'utilisent maintenant les Suédois.
L'argument coût, théoriquement aussi à l'avantage des Suédois, ne jouera que de façon indirecte puisqu'aujourd'hui déjà, on sait que la Confédération prévoit de dépenser 2,2 milliards de francs pour les 22 à 33 avions destinés à remplacer les 54 F-5 Tiger.
Ce qui compte donc, c'est de devenir l'avion le moins risqué pour le DDPS, c'est-à-dire le moins inacceptable pour une population de plus en plus sceptique à l'égard de l'armée.
Pour cette raison armasuisse, l'agence d'achat d'armes de la Confédération, a notamment mis dans sa présentation d'hier l'accent sur les tests de nuisances (bruit, pollution), bien qu'il ne s'agisse que d'un aspect parmi de nombreux autres et qu'il n'influencera pas de façon décisive le choix final.
Transparence
Autre critère qui sera central au vu des questions des médias, c'est la question de la transparence et de la solidité des évaluations. Tout le monde a encore en mémoire la polémique qui a entouré le choix d'Eurocopter au détriment d'Agusta. Les Italiens avaient violemment contesté l'équité de la procédure d'évaluation. Interrogé sur cette question, Manne Koerfer s'est montré très élogieux. Mais a-t-il vraiment le choix s'il veut vendre son avion?
Reste qu'après la présentation publique des Suédois, les avions des concurrents - le Rafale et le Typhoon - devront mettre la post combustion pour rattraper le Gripen que la plupart des médias présentent déjà comme la seule solution qui ait la moindre chance.
